L'histoire des "Barcelonnettes" au
Mexique De 1812 à
aujourd'hui...
Prologue.
Le long hiver obligeait les habitants de la vallée de l'Ubaye à
diversifier
leurs activités et à se montrer entreprenants. Pendant que les uns
restaient à tisser laine et chanvre ou à filer la soie, les autres
s'expatriaient, le temps des mauvais jours ou le temps de leur vie active.
Ils excellaient comme colporteurs (tissus et vêtements), instituteurs ou
bergers transhumants. Pendant leur enfance, une solide scolarisation et
les récits des aînés les avaient armés pour les voyages...
Après les Flandres dès le 17 ème siècle, la mer des Caraïbes approchée au 18
ème, le Mexique, libéré de la tutelle espagnole, devient pour eux une
nouvelle terre de colportage où ils vont exercer leur double savoir-faire
commercial et technique, en particulier dans les métiers de la laine et de
la soie.
L'installation :
1812-1870.
Implantés au Mexique dès 1812, les
Barcelonnettes voient leur succès se confirmer à partir du Second Empire.
Cinquante ans après leur arrivée, ils possèdent de nombreux magasins de
détail (tissus pour vêtements, linge de corps, linge de maison), un réseau
de représentants dans tout le pays et des comptoirs d'achat (gros et
demi-gros) en Europe avec d'importantes ramifications en France et en
Angleterre.
L'expansion : 1870-1890 Sous la longue présidence de
Porfirio Diaz (1876-1911) qui favorise largement les investissements
étrangers et manifeste "une volonté démesurée pour la France"(Patrice
Gouy), les Barcelonnettes contrôlent maintenant le secteur de l'industrie
textile et de sa distribution dans tout le Mexique. C'est à leur réussite
que l'on doit, en plein coeur de Mexico, l'édification, en 1891, d'un premier magasin de
nouveautés baptisé "El palacio de hierro" (Le Palais de fer) qui ouvrira la voie à de nombreuses et séduisantes
architectures métalliques fidèlement copiées sur les modèles Parisiens.
"L'exemple de Paris se trouvait au coeur de Mexico" (François
Arnaud)".Chaque métropole verra se multiplier le nombre de ces grands
magasins don't le nom évoque tantôt celui des grandes capitales
Européennes (La Ciudad de Paris, La Ciudad de Londres....), tantôt celui
des grands ports (El Puerto de Liverpool, El Puerto de
Veracruz...). Les Barcelonnettes étaient en train de réussir l'alliance
de l'art et de l'industrie.
l'age d'or : 1890-1914
D'une politique commerciale, ils passent peu à peu à une
politique industrielle et ouvrent l'ère des grandes compagnies
industrielles (la compagnie d'Orizaba qui emploie 10 000 ouvriers, la
fabrique de Rio Blanco, la compagnie industrielle de Veracruzana...). Les
Barcelonnettes ne se limitent pas à la seule industrie textile, ils
mettent aussi en place de solides structures financières et prennent une
part active dans la direction de nombreuses institutions bancaires (Banque nationale de Mexico,
Banque centrale du Mexique ou la Banque Londres et Mexico...) apposant
ainsi leur signature au bas des billets de banque ! Mais la révolution
mexicaine gronde (1913-1920); la première guerre mondiale éclate. Dans
tous les grands magasins Barcelonnette,les employés se portent volontaires
pour venir se battre en France. Nombreux tomberont au champ
d'honneur...
l'entre deux
guerres. Le Déclin.
Marquée simultanément par ce que l'on a
appelé l'autoritarisme mexicain et le déclin de l'empire industriel et
financier de la colonie Barcelonnette, la période de l'entre-deux-guerres
amorce dans la vallée de l'Ubaye la fin du "rêve mexicain". Ainsi entre
1850 et 1950, 6000 à 7000 habitants de l'Ubaye ont quitté leur pays pour
le Mexique (et quelques dizaines pour l'Argentine) avec l'espoir de faire
fortune. Quatre à cinq cents familles seulement sont retournées au pays.
Adressées aux frères, filleuls, cousins, les lettres en provenance du
Mexique avaient pourtant, très tôt, multiplié les mises en garde, les
appels à la prudence : "...si parmi eux il y a 4 ou 5 qui réussissent
après une trentaine d'années de dure servitude à économiser quelques
piastres pour aller finir leurs jours au pays natal, les crois-tu bien
heureux lorsqu'ils reviennent au village avec les cheveux blancs, ils sont
presque étrangers au pays (...). La vie de cultivateur est beaucoup
préférable à celle d'employé que nous menons ici ". (Auguste F.
1902).
Aujourd'hui...
...on estime à 60 000
les descendants des Barcelonnettes, dispersés sur tout le territoire mexicain. Nombre d'entre eux
se sont fondus dans la population locale. Quelque-uns demeurés Bas-Alpins
partagent leur vie entre le Mexique et la vallée de l'Ubaye. Beaucoup
conservent vivante la mémoire Alpine de ce coin de vallée des Alpes du
sud. Un musée* à Barcelonnette, installé comme notre hôtel, dans une villa
d'anciens négociants au Mexique (construite en 1888), constitue au fil des
années des collections documentaires sur cet important mouvement
migratoire, unique en Europe par son
importance. L'hôtel
AZTECA ***, ainsi que le musée, accueillent régulièrement de nombreux
descendants à la recherche de leur identité, sur les traces de leur
lointain aïeul, colporteur de l'Ubaye.
*Musée de
la vallée de l'Ubaye : Villa "La Sapinière" à Barcelonnette. Tél/fax : 04
92 81 27 15. Mail : vallee@wanadoo.fr
les
villas mexicaines.
Etalée sur un
demi-siècle (1880-1930), la construction des villas de Barcelonnette et
Jausiers regroupe une cinquantaine d'édifices qui ont favorisé la création
d'un nouvel urbanisme proche de celui des villes d'eau contemporaines où,
de la même façon, les parcs et jardins l'emportent sur le bâti. Il en
résulte un esprit et un mode de villégiature qui vont caractériser l'émergence de
cette nouvelle architecture plus familière du littoral Méditerranéen et des stations balnéaires
de la côte Atlantique. Les commanditaires sont tous des enfants du pays,
de retour après de longues années d'émigration et qui ont tous brillamment
réussi dans l'industrie textile et le négoce. Ainsi, après avoir longtemps
été à la pointe du goût et de la modernité, ils s'attachent à la
construction d'une villa moderne où ils passeront l'été avant de rejoindre
le front de mer dès les premiers frimas de l'hiver Alpin. Alexandre
Reynaud, père de Paul Reynaud -homme d'état Français (1878-1966)-,
construit parmi les premiers une élégante villa dont les proportions et la
parfaite symétrie rappellent celles des grandes demeures bourgeoises
classique du centre historique de Barcelonnette. Aujourd'hui transformée
en musée, la villa "La Sapinière"(1878-1880) conserve intacts ses riches
parquets en marqueterie, le salon-bibliothèque d'Alexandre Reynaud et son
élégant cabinet de bains entièrement décoré de faïences qui date de 1910.
De cette première génération, datent encore la villa "Le Verger"(office
national des forêts) et la villa "Mireio"(centre des impôts). Seule la
villa édifiée par Emile Chabrand (1843-1893) se distingue par son langage
pittoresque associant pour la premiere fois la brique, le bois et les
produits céramiques.
Les riches
années (1890-1910), instaurent de nouvelles pratiques architecturales. Les
villas deviennent ambitieuses, les modèles se multiplient, les façades s'ornent et
surtout les toitures se compliquent, toujours plus hautes. Des architectes
venus des principales métropoles dessinent d'imposantes "villas châteaux"
et puisent dans toutes les ressources de l'éclectisme fin de siècle.
L'accent est mis sur l'effet de silhouette. Regroupées à l'Est de
Barcelonnette, les villas de la seconde génération témoignent de la
diversité des formes architecturales et du vocabulaire décoratif. Au
castel néo-gothique succède un palazzo florentin avec son ordonnance de
pilastres. La villa château développée autour d'une aile en retour
d'équerre et coiffée d'une poivrière -symbole de triomphe- parmi les
autres modèles. Agrémentée d'une véranda métallique parfois enrichie de
vitraux, elle se distingue encore par sa toiture en ardoise d'Angers.
Seule la villa "l'Ubayette"(1903)arbore une enveloppe de pierres à
l'exclusion de tout autre matériau, remarquable par l'appareil polygonal
des murs, les encadrements à bossage rustique des
baies.
L'entre-deux-guerres
marque aussi le déclin des constructions. Les
villas moins nombreuses sont aussi plus modestes. Seule la "villa
bleue"(1931) développe un projet ambitieux autour d'un vaste hall central
éclairé par un imposant vitrail dont le thème iconographique résume à lui
seul l'aventure des "soyeux du Mexique". on y découvre les métiers à
tisser, les usines et le grand magasin de nouveauté qui appartient au
commanditaire. On recherche en vain toute référence stylistique à
l'architecture néo-coloniale comme à l'architecture vernaculaire
Mexicaine. Aucun emprunt à l'exotisme...Exemple, l'architecture
néo-mauresque largement présente sur la cote d'Azur est totalement absente
des sites Ubayens au climat plus rigoureux. L'unique référence au Mexique
réside dans l'appellation choisie de quelques villas : villa Puebla, villa
Morelia, la Tapatia.
Les
tombeaux.
On ne peut
évoquer l'édification des villas de Barcelonnette et Jausiers sans
mentionner celle des tombes monumentales construites dans ces mêmes
années, parfois en même temps que la villa. Tous les cimetières de la
Vallée (sans exception) témoignent de la richesse du patrimoine funéraire
Ubayen réunissant le savoir-faire des tailleurs et marbriers Italiens et
la diversité des pierres et marbres sculptés.
Texte et crédit photographique :
Musée de la vallée. Barcelonnette